LIBERTE hebdo
N°764
27 juillet 2007

Exposition Julien Baete - Musée des Beaux-Arts de Tourcoing

L'art et l'actualité politique: ondes de choc

Parallèlement à la présentation de ses collections d'estampes fondée sur la confrontation d'époques et de regards différents, le Musée de Tourcoing accorde des cartes blanches à des artistes contemporains qui interviennent en fonction des oeuvres exposées. Julien Baete qui attache beaucoup de prix à se renouveler, utilise l'actualité comme moment inaugural de sa création: le World Trade Center le 11 septembre 2001. Comment parvenir à saisir une réalité contemporaine dans une oeuvre d'art? Avec les deux tours jumelles, l'architecte multipliait la surface vitrée et les points de vue sur la ville, l'eau et le ciel. Loi d'organisation de l'espace, expansion verticale de l'ordre: les Twin Towers étaient l'image de Amérique confiante et sûre d'elle-même.

Passé présent

(Ceci est mon corps), image immortalisée sur des milliers de photos, vidéo, cartes postales et génériques de films. Point de référence mais aussi point de mire: le WTC offrait aux terroristes une médiatisation inégalable. Dès le premier impact, toutes les caméras ne pouvaient qu'être prêtes à enregistrer une second. Répétition programmée, amplifiée par le passage des images en boucle, au ralenti, des tours percutées, transpercées.
Dépassant sentiments et morale, en ( un écho dont la resemblance se retire ), Julien Baete (fixe) cette dialectique de l'image ressuscitée, reconstruite, de l'image défaite, et ce, dans sa permanence et dans l'imprévu de cette permanence, de l'impensable qui est bien là: cette première fois, cet ( incipit ). une œuvre grand format ( 350 X 350 cm ) travaillée par le vocabulaire de l'étire et du vide, du rigide et du ( vaporeux ), de l'ordonné et du déchiqueté.
Le matériau employé est recouvert de journaux et de magazines américains et découpé en fines lamelles en cadences paralléles et ascensionnelle et qui interdisent tout volume plein, compact et clos sur lui-même. Le vide interstitiel qu'induit la particularité et l'agencement du matériaux devient le dispositif de révélation de la ( fragilité ) de l'édifice. Ce qui ressortit de la puissance ( discours héroisant et visée hégémonique ) se déploie et se défait dans un un même mouvement.

Imbrication des contraires

L'œuvre, machinerie creuse, ( grince ), fonctionne et dysfonctionne simultanément, dévoile son montage ( ses assises, fondements et valeur ). Objet laissé en dépôt à l'Histoire, elle laisse entendre la voix de l'arrière-fable. (Incipit ) est un échafaudage vertigineux éclaté à sa tête en gerbes géantes, fulgurantes, enchevêtrement sans limite, ni centre de gravité, obligeant le regard à chercher des points d'ancrage, inexistants: embrasement prêt à se mettre en mouvement, en gravitation et circonvolution, comme suspendu, éternisé et dont le silence paraît retentir un chaos de sons. En plus de ses propres dessins et tableaux exposés ( de l'orangé aux opacités mauves de ( SKUD ), avec ses lignes brisées et courbes imbriquées, constellées d'explosions blanchâtre ), Julien Baete a choisi des gravures de l'exposition ( Dessein gravé d'une collection ) en les marquant d'un rond bleu et qui sont autant de références, (d'images subliminales qui viendraient à la fois contredire et expliquer ( l'Incipit ): réseau balisé de relations dont les jalons peuvent concorder tout en étant porteurs d'un désaccord ou porté par une balistique de l'écart. A chaque visiteur doté de sa banque d'images personnelles de nourrir ( l'Incipit ) d'autres tessiture et dimension

Alphonse CUGIER

Aperçu de l'exposition ( ou voir INKIPIT I )